L’infantilisation, une violence ordinaire faite aux personnes handicapées

Alexandre Jolien, philosophe de profession souffre d’une infirmité motrice cérébrale. Il nous explique que l’infantilisation est une violence coutumière que subissent souvent les personnes handicapées. Alors que cette attitude se veut souvent protectrice, conviviale, rassurante, elle fait partie de la catégorie des violences douces et appartient ainsi à la maltraitance.

Les exemples d’infantilisation ne manquent pas : nécessité de lever le doigt pour aller aux toilettes; impossibilité de choisir sa place au réfectoire; punitions et réprimandes (isolement, »au coin sans bouger », privation de dessert, oreilles tirées); coupure de l’électricité et du téléphone la nuit; entrée du personnel soignant dans les chambres sans frapper ; etc.

Cette attitude fait partie d’une sorte de double peine à laquelle est soumise la personne handicapée. A. Jolien nous explique ce double handicap, physique et social :
« S’il est un handicap physique qui oppresse et réclame un joyeux combat pour l’assumer, il en est un plus douloureux: le handicap social; être jugé, réduit à l’étiquette de handicapé sous le regard de l’autre. Souvent, ce regard me rappelle que je suis handicapé. (…) Semblable humiliation, répétée et répétée, suscite la méfiance »

Les raisons de cette réduction de la personne à un état de minorité sont profondes et en partie inconsciente. Il s’agirait en partie d’une attitude de défense, afin de ne pas reconnaître dans la personne handicapée un alter ego que le handicap rend inacceptable.

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